Le Film
 
 
Les réactions au film

Sélection d'articles de presse
Le Monde Diplomatique Mars 2000
Le Mondedu 23/03/2000
Droit de réponse au "Monde"
Politis 18 Mai 2000
La Pensée du Midi 2001

Témoignage d'acteurs
Lettre de Maylis Bouffartigue
Lettre de Isabelle Crepin

Lettres de spectateurs
8 lettres de spectateurs


Articles de presse

LE MONDE DIPLOMATIQUE MARS 2000
RENAISSANCE DU CINEMA POLITIQUE
Peter Watkins filme la Commune

AUTEUR de quelques-uns des meilleurs films politiques des dernières décennies, le cinéaste britannique Peter Watkins vient d´achever La Commune. Fidèle à son style de narration, il nous propose une sorte de documentaire vivant, exaltant et tragique, sur ces journées de mars 1871 qui virent le petit peuple de Paris, pour la quatrième fois en moins d´un siècle, entreprendre une nouvelle - et radicale - révolution.

" Aujourd´hui, un réalisateur qui refuse de se soumettre à l´idéologie de la culture de masse, fondée sur le mépris du public, et ne veut pas adopter un montage frénétique fait de structures narratives simplistes, de violence, de bruit, d´actions incessantes, bref, qui refuse la forme unique, où ce que j´appelle la " monoforme ", ce réalisateur ne peut tourner dans des conditions décentes. C´est impossible. " Celui qui parle est Peter Watkins (né en 1937), qui, bien qu´il tourne depuis plus de trente-cinq ans, éprouve les plus grandes difficultés à mener à bien ses projets depuis le milieu des années 70.

" Plus que des difficultés, précise-t-il. Depuis 1976, date à laquelle mon dernier film (Edvard Munch) a été produit professionnellement, il m´est impossible de trouver normalement des fonds, à tel point que beaucoup de gens pensent que je suis mort. " Pourtant, ceux qui ont eu la chance de voir ses longs-métrages- iconoclastes, critiques, complexes, rebelles - ne les oublient pas de sitôt. " Les producteurs consacrent désormais l´argent, en priorité, au divertissement. Tout créateur choisissant une direction autre, alternative, est complètement marginalisé. La répression, tout comme la violence des médias, est institutionnalisée."

La Commune a été tournée en studio à Montreuil, aux portes de Paris, avec plus de deux cents comédiens, dont pour partie des non-professionnels. Le film a été produit essentiellement par 13 Production, société marseillaise, La Sept-Arte et le Musée d´Orsay. Budget total : un peu plus de 7 millions de francs. Avant de repartir à Vilnius (Lituanie), où il habite désormais, l´auteur de Culloden (La Bataille de Culloden 1964), de The War Game (La Bombe, 1965), de Privilège (1967), de The Gladiators (1969), et de Punishment Park (1970), laisse ainsi derrière lui un nouveau long-métrage sur la parole populaire, le pouvoir et la contestation. Un film politique qui en appelle au collectif, á la réflexion et à l´action.

Le film commence par un plan-séquence faisant découvrir le lieu du tournage après la dernière scène, informant que le film a été tourné pendant treize jours en plans-séquences, puis les acteurs se présentent et présentent leur personnage. Nous sommes à la fois en mars 1871 et aujourd´hui. Le dispositif de tournage, le système de fabrication et le procédé de narration sont explicites. Tout au long du film, par l´artifice, le public est sans cesse renvoyé à sa condition de spectateur, et donc à son sens critique. " J´espère, martèle Peter Watkins, que La Commune sera un outil d´apprentissage pouvant aider à disséquer et à mettre en cause les conventions du cinéma et de la télévision. Ainsi, les textes des cartons, les intertitres, comme ma détermination à ne pas respecter une durée préétablie indépendamment du sujet, sont là pour défier le mécanisme des médias audiovisuels. "

Le pari de La Commune est de filmer d´abord des idées, d´incarner de la pensée, en montrant les mécanismes de matérialisation des idées, comment les idées deviennent actes. En résulte un film sur l´idée de la Commune, sur cette idée toujours vivante, où l´on oit le soulèvement parisien non comme un échec mais comme le début d´une réflexion, le commencement d´une conception de la solidarité et de l´engagement. Avec de nombreux parallèles avec notre époque : le racisme, la place et le rôle des femmes, l´inégalité des richesses, la mondialisation, la censure, la faillite de l´école...

Il ne faut pas aller voir ce film pour y rencontrer les têtes d´affiche d´alors, les Louise Michel, Jules Allès et autres insurgés : ce n´est pas le sujet. Tout en étant mû par un grand souci d´exactitude historique, le projet, parce qu´il est protéiforme, est hautement plus ambitieux.

C´est la parole populaire, la naissance de cette parole, et la démocratie á l´aube du XXIe siècle. C´est également, la difficile élaboration d´un discours et d´une démarche collective, car La Commune n ´est pas non plus un panégyrique du premier pouvoir révolutionnaire prolétarien : tâtonnements, errements, divergences individuelles et conflits ne sont pas occultés. C´est, encore, la volonté de ne pas réaliser un film " en sens unique " et de repousser les frontières habituelles entre le public et les médias, même si, vigilant, le réalisateur confie qu´il a " conscience de ne pas avoir évité tous les piéges ".

" Ce film permet de s´interroger sur cet outil qu´est la télévision, sur la part qu´il peut prendre dans l´interventionnisme social, commente le producteur Thierry Garrel. C´est un pavé dans le marigot de la production audiovisuelle. " Insoumis " work in progress " qui se déroule lentement (durant plus de cinq heures !) sous le signe tourmenté de l´espoir en davantage de démocratie.

" La durée, affirme encore Thierry Garrel, n'est pas un problème quand le sujet le mérite. Nous sommes prêts á bousculer la grille d´une soirée... ". Quant au cinéma, le film, même dans une version plus coûteuse, n´a pas encore troué de distributeur...

De Lituanie, Peter Watkins ne désarme pas : " C´est la démocratie qui est en jeu. Il faut que les formes alternatives soient reconnues. Il faut que l´enseignement des médias encourage la pensée critique plutôt que d´inciter à la continuation et à la reproduction bête et servile de ce qui existe. Mon film La Commune contribue au combat. I l encourage aussi á la lutte révolutionnaire qui est désormais indispensable en cette aurore du nouveau millénaire... "
PHILIPPE LAFOSSE.

LE MONDE DU 23/03/2000
De quel côté de la barricade ? De quel côté de la caméra?
La Commune. Pas plus que les hommes, les révolutions ne peuvent voyager dans le temps

Pour un film inspiré de La Guerre civile en France en 1871 de Karl Marx, il est logique de commencer par ses conditions de production. Le metteur en scène Peter Watkins a réuni dans un hangar de Montreuil (Le Monde du 31 Juillet 1999), des volontaires à qui il a fait lire les principaux textes sur la Commune et qu'il a vêtus de costumes d'époque, les faisant circuler dans des décors sommaires qui évoquent le X I ème arrondissement de 1871 et quelques autres lieux : un appartement bourgeois, l'hôtel de Ville de Paris, la Chambre des députés de Versailles…

Dans ce dispositif, les participants/acteurs ont choisi un personnage et ont improvisé à partir de situations historique : la proclamation de la Commune, les tentatives de chasser les congrégations du domaine de l'éducation, les massacres de la Semaine Sanglante.

Lorsque les scènes réunissent des personnages dont les propos ont été rapportés à l'époque(les dirigeants ouvriers comme Varlin ou Frankel, essentiellement), elles s'appuient sur ces textes. Le reste du temps, les dialogues, harangues et monologues sont improvisés. A l'écran on voit souvent deux acteurs qui brandissent un micro sous le nez des Communards. Ce sont les reporters de la télévision communale auxquels fait écho le présentateur des nouvelles de la télévision versaillaise. Curieusement , la délimitation entre les " informations télévisées " et la narration de Peter Watkins n'est pas toujours bien définie.

Le projet initial était de réaliser un film de deux heures. A l'arrivée Peter Watkins propose aux visiteurs de l'exposition que le Musée d'Orsay consacre à la Commune le choix entre deux versions, l'une de 4h30 (celle qui est évoquée ici) et l'autre de 5h45. Au montage le film a été ponctué de longs écrans noirs suivis de cartons explicatifs, qui développent de manière très magistrale des thèses proches de la vulgate marxiste.

Déjà Convertis.

Ce carcan idéologique imposé par le montage et la postproduction fait ressortir la vanité de l'entreprise. A les entendre parler, on a très vite l'impression que les volontaires recrutés par Peter Watkins sont dans leur immense majorité déjà convertis. Dans la dernière de la " version courte ", ils sortent de leur personnage pour évoquer le monde dans lequel ils vivent et cette impression devient certitude. L'une affirme avoir " relu " Louise Michel, l'autre évoque la théorie léninienne de l'Etat. Cette culture, cette facilité d'expression assez largement partagée parmi les participants à l'expérience de Watkins, fait encore mieux ressortir l'absence des catégories sociales qu'on aurait pu compter parmi les héritiers présomptifs de la Commune : la jeunesse issue de l'immigration, par exemple, ou les exclus du système scolaire.

Montré au Musée d'Orsay, puis diffusé sur Arte, ce film qui veut explicitement mettre le public à l'écran risque surtout de démontrer son incapacité à mettre le public des deux cotés de l'écran. Thomas Sotinel.

[Cette critique a particulièrement fâché les acteurs, qui ont écrit une lettre de protestation au Monde. Non pas parce que cela les dérangeait d'être traités de Marxistes, mais parce la presque totalité d'entre eux ne l'est pas, et que cette critique laisse entendre qu'il faut être marxiste pour examiner la société contemporaine d'un point de vue social (ou, plus généralement, critique). Il faut noter que le nom de Marx n'est prononcé qu'une seule fois dans le film.]

Droit de réponse à l´article de Thomas Sotinel : De quel coté de la barricade ? De quel coté de la caméra ?

Il n'est évidemment pas dans notre intention de discuter ici des raison esthétiques ou politiques qui ont influencé le (mauvais) jugement porté par M. Thomas Sotinel sur le film de Peter Watkins, même si l'on pourrait regretter l'absence de clairvoyance d'un article qui évite d'aborder l'un des aspects essentiels de l'œuvre, c'est à dire la critique radicale du rôle des médias et la remise en cause des formes traditionnelles du langage audio-visuel commercial. Monsieur Sotinel est parfaitement en droit de ne pas aimer ce film, si différent des autres, et peut-être irritant pour certains. Toutefois, il nous paraît indispensable de rectifier certaines contre-vérités relevées dans sa critique.

Que M. Sotinel ait personnellement perçu le film comme un acte de propagande cryptocommuniste, c'est son doit le plus strict. Mais lorsqu'il écrit que ce film est " si visiblement inspiré de La Guerre Civile en France en 1871 de Karl Marx ", ce journaliste implique que le traitement du sujet est largement dominé par une interprétation marxiste. Or, pour qui connaît un tant soit peu l'histoire de la Commune et les visions politiques qui en ont découlé (communiste, anarchiste, etc…), il semble difficile d'affirmer que le film de Peter Watkins penche du coté de la première internationale. Les conseillers historiques qui ont collaboré á ce projet, de l´anglais Robert Tombs à Alain Dalotel en passant par Marcel Cerf ou l´incontournable Jacques Rougerie, ne sauraient en effet être taxés de marxisme. Dans le film lui-même, Marx n´est cité qu´une fois, et cela uniquement dans le contexte de dénonciation du complot étranger par le journaliste versaillais. Pour l´anecdote, lors de la première projection au Musée d´Orsay, Madeleine Rebeyrioux, qui a par ailleurs avoué à l´un des acteurs n´avoir pas particulièrement apprécié le film, soulignait qu´à son goût les rôles de Marx et de l´Association Internationale des Travailleurs y étaient singulièrement sous-évalués…

Ajoutons que ces remarques s´appliquent également au contenu historique de la centaine de cartons, à propos desquels M.Sotinel déclare qu´ils " développent de manière très magistrale des thèses proches de la vulgate marxiste ", d´autant plus que sur le plan des informations contemporaines, l´essentiel des sources et des statistiques proviennent du rapport 1999 du PNUD.

Beaucoup plus grave, nous semble-t-il, est la volonté manifeste du journaliste de réduire les 212 comédiens non-professionnels (dont 30% tout de même sont des intermittents du spectacle) à de simples " volontaires…déjà convertis ". Au contraire, l´ensemble des acteurs de ce film se distinguait particulièrement par son extrême diversité sociale, politique et culturelle. On pouvait trouver sur le plateau, parmi les ouvriers, les intellectuels, les chômeurs, les étudiants ou les artistes : des gaullistes, des centristes, des socialistes, des gauchistes, des anarchistes, des jm´enfoutistes, des abstentionnistes, des sans domicile fixe, etc. Pour garantire cette diversité, le réalisateur s´était lui-même donné la peine de recruter une partie des comédiens sur la base de leur opposition déclarée aux idéaux de la Commune en faisant passer des annonces dans divers journaux de droite tels que, par exemple, Le Figaro.

Sans parler de guerre civile, sur le plateau comme en coulisses, les tensions furent parfois vives et les échanges nombreux.

Quant à l´absence de ce que M.Sotinel appelle les " héritiers présomptifs de la Commune : la jeunesse issue de l´immigration ou les exclus du système scolaire ", on est en droit de se demander si l´auteur ne s´est pas trompé de salle de projection. Non seulement plusieurs des enfants et adolescents ayant participé au tournage sont d´origine étrangère, mais des étrangers ou ex-immigrés (africains, maghrébins, polonais, italiens, etc.) apparaissent et s´expriment dans la quasi-totalité des scènes du film. Sans compter la scène spécifique des algériens de la Commune, qui s´achève par une évocation de l´occupation de l´église Saint-Ambroise par les " clandestins ".

Peut-être considère-t-il que les sans-papiers qui interprètent ces personnages ne sont pas suffisamment exclus pour incarner de dignes héritiers de la Commune ?

Enfin, le fait le plus remarquable de cet article, et le plus révélateur de l´esprit de son auteur, réside certainement dans son unique (et involontaire) compliment à l´égard du film. En soulignant " la culture " et " la facilité d´expression " des participants, M. Sotinel croit fournir la preuve de ses propos en dénonçant les comédiens comme autant de militants politiques rompus à l´art de la dialectique et issus du même moule idéologique. Rien n´est plus faux, Monsieur !

Le fait que 90% d´entre nous n´avaient aucune connaissance historique précise sur le sujet (en partie grâce à la discrétion de l´Education nationale en ce domaine…) ne nous a pas empêché de nous exprimer avec force et conviction sur notre histoire passée et présente.

Et l´une des grandes leçons de ce film, que nombre de professionnels feraient bien de méditer, c´est justement que les gens (le public) savent parler et ont des choses à dire, pour peu que l´on daigne leur donner l´espace suffisant et le temps nécessaire. Cela au moins, tous ceux qui ont participé à cette expérience unique, en sont désormais convaincus.

Nul doute qu´il s´agit là encore, Monsieur Sotinel, des signes d´une évidente " conversion ".
Collectif des comédiens de La Commune (Paris 1871)

POLITIS 18 Mai 2000
Peter Watkins a réalisé une fiction sur la Commune comme un documentaire contemporain.

Et si la télévision avait existé en 1871 ? Le documentariste Peter Watkins a décidé de prendre le pari. Pour raconter la Commune, il accouche d'une oeuvre énorme (5 h 45), tournée comme un documentaire contemporain. Où l'on voit une télévision aux ordres (" Télévision nationale Versailles !) débiter des informations lénifiantes, tandis qu'une télévision libre jaillie du Paris insurgé s'efforce de capter la fureur populaire. Loin d'être un gadget, ce parti pris sert une réflexion (plutôt critique) sur les médias. Voilà pour la forme. Le fond est une narration chronologique des événements de la Commune, des premières émeutes de mars 1871 jusqu'à la semaine sanglante de la fin mai où 20 000 à 30 000 communards seront tués, à travers la vie quotidienne d'habitants du Xl arrondissement. Face à la caméra, ils crient la peur et le manque de pain, mais aussi leurs revendications, leurs espoirs, leurs impressions sur les réformes sociales et politiques. Entre les scènes, des intertitres apportent les éclairages nécessaires à la compréhension de l'action.

Ce qui frappe, dans cet étrange " objet " télévisuel, c'est le naturel qui s'en dégage. Les quelque 200 comédiens en costume qui se meuvent dans ce décor théâtralisé sont pour la plupart non professionnels : Les Communards ont été recrutés dans une banlieue populaire, les Versaillais… par petites annonces dans le Figaro ! Ils s'emparent de leurs textes et le jouent tout en étant eux-mêmes, conservant leurs inflexions on ne peut plus contemporaines. On sourit quand on entend une femme s'exclamer " Tous ces ,monarchistes, c'est assez affolant quoi", mais quand les comédiens parlent d'école, de laïcité, de chômage, on éprouve un drôle de sentiment de continuité entre les époques. C'est exactement ce que voulait Watkins : " Insuffler à l'histoire figée des historiens l'énergie épique de l'immédiateté. "
M-E. A.

LA PENSEE DU MIDI
Les voix ordinaires, La Commune de Peter Watkins.

La caméra s'avance dans une pièce, sorte de débarras, vaste et vide. Puis elle se perd dans un couloir qui mène vers ce qui est ou a dû être un bureau où des gens s'affairent encore. Sauf deux personnes: un homme et une femme. Le mouvement de la caméra s'arrête. Plan rapproché. L'homme parle :

"Je m'appelle Gérard Watkins et je joue le rôle d'un journaliste de la télévision dans ce film qui est à la fois un film sur la Commune de Paris et un film sur le rôle des mass media dans la société d'hier et d'aujourd'hui."

C'est à la femme de parler :

"Je m'appelle Aurélia Petit et je vais jouer le rôle de Blanche Capelier, journaliste de la Télévision communale. Premièrement, ce qui a été difficile, c'est que c'est quelqu'un de crédule avec un optimisme forcené et connaissant l'histoire et la fin et les événements de la Commune, ça n'a pas été toujours facile de garder le sourire, et deuxièmement, c'est quelqu'un qui aime tellement son métier face à la caméra qu'elle en oublie de dénoncer et de mettre en cause le pouvoir des médias, ce qû elle représente entièrement."

A nouveau l'homme ;

"Ces locaux sont actuellement investis par Armand Gatti et sa compagnie La Parole errante. En avril de cette année, Peter Watkins et 13 Production ont entamé la construction du décor du film et ont essayé de recréer l'atmosphère du XIe arrondissement pendant la Commune de Paris. Nous voudrions maintenant vous présenter l'espace où nous avons travaillé pendant trois semaines."

Tel est le début du dernier film de Peter Watkins, La Commune (Paris 1871), dans lequel des hommes, des femmes et des enfants, soit plus de deux cents comédiens non professionnels, vont évoluer, chacun et chacune selon sa propre actualité, ses propres passé et présent, selon sa propre fiction. Mais tous et toutes prendront la parole, échangeront des mots, des idées et des opinions: "On va, disent les uns, collectivement, ensemble se dire des choses, des choses que ron a besoin de se dire." "Parler, disent les autres, donner et recevoir tout le temps."

Tous et toutes, c'est-à-dire plus de deux cents citoyens de Paris et de sa banlieue, de Picardie, du Nord-Pas-de-Calais, du Limousin, de Bourgogne, sans oublier les groupes de "sans-papiers" d'Algérie, du Maroc et de Tunisie.

Tous et toutes qui, après un travail préparatoire de groupe, selon leurs convictions, vont forger des personnages qui ont existé ou pas, mais qui vont vivre, justement pour raconter la vie, à Paris en 1871, sous la Commune, mais aussi dans la France actuelle et ailleurs, aujourd'hui, sous l'état de mondialisation.

Tous et toutes, c'est-à-dire encore le grand-père Thibaudier, Henri Dubrieux, l'écrivain public qui donne des cours au petit Marcel, un couple de boulangers, des engagés dans la garde nationale, des soldats et des officiers de l'armée versaillaise, Constance Fillon, la sage-femme, l'institutrice Françoise Boidard et sa collègue Marie, toutes les deux en chômage volontaire "pour ne pas être complices, disentelles, d'une éducation qu'elles détestent, un couple de bijoutiers endettés, des femmes de Montmartre, la femme d'un médecin, d'un professeur de rhétorique, Mme Talbot, et la patronne d'un atelier de couture, des religieuses, des simples soldats polonais, Agnès Noiret recherchant son mari parti au front, le chroniqueur politique François Foucart, consultant sur la chaîne de la Télévision nationale de Versailles, Cécile Thibaudier, 18 ans, grièvement blessée, et qui sera enterrée vivante au milieu d'un tas de cadavres...

Tous et toutes, n'importe qui, des gens ordinaires. Car tels étaient les communards. A la question: "Où étaient leurs grands hommes ?", l'historien et le témoin de la Commune Prosper Olivier Lissagaray répondait en 1876: "Il n'y en avait pas. C'est précisément la puissance de cette révolution d'avoir été faite par la moyenne et non par quelques cerveaux privilégiés." C'étaient des anonymes sortant de l'oubli, luttant contre l'oubli. C'est aussi la puissance du film de Watkins d'avoir été fait par des gens ordinaires prenant la parole et la tenant pour eux-mêmes, pour humanité, pour exister. "Il est temps, dit une femme, que l'on soit pas représentées, mais que l'on soit."

Le film n'est pas une reconstitution historique, une fresque de la Commune. Il s'apparente plutôt à une chronique. Les faits se présentent sous la forme de récits multiples, fragmentaires tout autant que contradictoires. Cette hétérogénéité de la parole constitue la mémoire même de la Commune. Ceci n'est pas sans rappeler la proposition que Michel Foucault fit le 22 février 1973 au journal Libération, quotidien alors en préparation. Il s'agissait d'établir la chronique de la mémoire ouvrière :

"Il serait, écrivait-il, intéressant, autour du journal, de regrouper tous ces souvenirs, pour les raconter et surtout pour pouvoir s'en servir et définir à partir de là des instruments de luttes possibles." Il ajoutait encore: "On peut concevoir une sorte de feuilleton collectif. On dirait: Voilà, actuellement, il y a un thème important; par exemple, les cadences ouvrières. On demande à un certain nombre d'ouvriers de raconter leurs souvenirs, leurs expériences, d'envoyer tout ce qu'ils peuvent savoir. On bâtit alors un feuilleton avec l'aide des ouvriers, des correspondants, avec l'aide de tous les gens qui envoient des renseignements [...]" Un tel programme ne fut, on le sait, malheureusement pas retenu par la rédaction du journal. Non seulement la proposition de Foucault reposait sur un travail de mémoire à travers l'enregistrement et l'archivage, mais également elle mettait en avant le problème de sa transmission: d'où le journal, d'où la forme du feuilleton. Il s'agissait non seulement de donner la parole à ceux et à celles dont la voix n'est pas entendue dans les organes de presse, mais également à travers les épisodes du feuilleton de restituer à cette voix son caractère fluide, fragmenté, imprévisible.

Tout le film de Peter Watkins - et toute son oeuvre cinématographique depuis les années soixante - est soutenu par ce désir : rendre possible une parole que les médias occultent et ne laissent jamais filer, sauf à être passée par les filtres du formatage audiovisuel: reality show et autres émissions spectaculaires. Ainsi, Watkins, "pour défier, dit-il, les mécanismes des médias audiovisuels", montre la fabrication du film, nous renseigne sur ses procédés et les techniques qûil utilise, donne ses sources et cite ses références, présente tous les protagonistes, faisant, de ce film d'histoire sur une lutte populaire, un outil possible de lutte.

Voilà pourquoi également il a besoin des deux personnages fictifs et anachroniques que sont justement deux journalistes-reporters de télévision qui vont rendre actuel le film, et vont faire une télévision comme on ne l'a jamais vue: enquêtes, reportages, émissions en direct, micros sans cesse ouverts pour recueillir ces cris et ces murmures anonymes.

Questions des uns, réponses des autres : échanges.
Comment faire un reportage ? Discussions.
Comment traiter l'information ? Débats.

Faut-il citer un fragment d'article de journal ? Justifications.

Une vraie télévision de service public en quelque sorte dans laquelle le spectateur a une place à tenir. Il est comme l'acteur non professionnel qûil voit évoluer sur l écran. Il joue lui aussi un rôle. C'est à lui que se présentent ces hommes, ces femmes et ces enfants. C'est à lui de trouver les liens complexes de la vie sociale d'hier et d'aujourd'hui. A lui de faire le montage avec tous les matériaux (mots, cartons, intertitres, faits et dates) qui s'offrent à lui. A lui encore de deviner, de débusquer, de créer et d'inventer le sens. Et le temps dans lequel il est pris réactive la mémoire de ce qu'il est par rapport à ce qu'il voit, de ce qu'il voit par rapport à ce qu' il a vu, de ce qu'il a vécu par rapport à ce qu'il voit vivre sur 1 écran. L'image, chez Watkins, ne se donne pas à voir. Elle se donne un petit peu, pas entièrement. Au spectateur d'aller vers elle. L'image nous regarde tout autant que nous regardons l'image. Nous regardons l'histoire tout autant qu'elle nous regarde, qu'elle nous concerne, étymologiquement con-cernere, c'est-à-dire mêler.

Nous sommes liés à ce qui s'est passé, aux événements et aux récits qui les entourent, au travail des comédiens, à leurs rôles dans le film et à ce qu'ils feront après le film, au travail de montage de Watkins qui oppose ou rapproche les postures et les mots des protagonistes: "Je ne regrette rien, dira un militant versaillais, il fallait le faire, je l'ai fait." Et, sortant de son personnage pour redevenir citoyenne, une bourgeoise dira en fait la même chose: "Moi, dans le film, on m'a demandé de donner corps, de la chair, à un personnage qui serait hostile à la Commune, je l'ai fait."

Le pouvoir, qu'il soit militaire ou celui d'un réalisateur de cinéma, rend docile dimporte qui, fictif ou pas. Nous sommes encore concernés par les commentaires du consultant Foucart, par les émissions spéciales de la Télévision nationale consacrées aux étrangers, Polonais ou Arabes, par tous les énoncés ignobles qui s'ensuivent : "tous les -ski de la terre qui envahissent Paris", "dans la capitale, il y a des Arabes, oui, aussi, qui viennent d'Algérie, d'Arabie sûrement".

Non seulement cette énumération est ici, dans ce texte, incomplète, mais elle est surtout trop lourde et laborieuse puisqu'elle oublie l'essentiel : le mouvement de la caméra de Watkins et les longs travellings sur les visages des hommes et des femmes, les écrans noirs et les silences, comme une respiration, juste avant le martèlement des cartons donnant des informations sur le taux de mortalité, le prix d'une laitue ou d'une cervelle de chien, sur la politique d'Hollywood et son industrie cinématographique. D'autres intertitres encore, faits de citations (de Blanqui, de Gandhi) ou qui présentent des statistiques comparatives entre les pays les plus pauvres et les plus riches de la planète, en I870 et en 1997, des cartons qui rappellent lattitude "des journalistes en costume camouflage Gucci faisant leurs reportages sur la guerre du Golfe de 1991, depuis leurs hôtels de Bagdad".

Au total, plus de soixante cartons qui, comme les acteurs du film, jouent un rôle trois au moins, différents.

Tout d'abord, ils informent d'un événement, d'une date, d'un décret. Ensuite, ils mettent en demeure le spectateur de dégager le sens en associant les différents textes qu'il lit. Enfin, ils annoncent ce qui va suivre et ne sera pas montré, ou plus radicalement, ce qui ne peut pas être montré, pour des raisons éthiques. Aucune image de cadavres, aucun voyeurisme, aucun pathos. Aucune compassion. Le carton tient lieu du coryphée dans la tragédie grecque. Il orchestre et rythme le film. Il déborde et envahit l'écran jusqu'à saturation quand défile le long générique de fin sous-tendu par Le Temps des cerises et une chanson algérienne contemporaine sur l'exil, la déportation, le cachot, E1 Menfi. On pourrait presque dire du film de Watkins qu'il s'inscrit dans la tradition du cinéma muet car, même si la parole vivante est à l'oeuvre, ce qu'elle dit et ce que l'on entend ressemble à des cartons lus, tels qu'on les trouve dans le cinéma d'Eisenstein : "Tous à Versailles", disent les habitants du XIe arrondissement. "Au palais d'Hiver'', peut-on lire dans Octobre.

Le recours à la voix off, au tout début du film, procède du même ressort. Le journaliste lui-même précise que ce que la voix va énoncer fut écrit une fois les prises de vues réalisées: "Le texte qui suit sera ajouté dans quelques mois", dit-il. Cette voix va décrire des lieux en les ordonnant: "Au-dessus des barricades flotte un drapeau", "sur la gauche se trouve ce qui reste de la mairie", "au-delà de cette table se trouve une cour de quartier, avec ses mouches et sa fosse d'aisances et à côté le café où nous avons filmé les discussions avec les comédiens sur la révolution et la société contemporaine. Juste derrière, le mont-de-piété, un système gouvernemental de prêt sur gages qui maintenait la classe ouvrière de l'epoque en état d'endettement permanent." La voix ainsi délimite un paysage. Elle dessine la géographie des combats qui ont eu lieu : "Sur cet espace ouvert, hier soir, les corps jonchaient le sol et un peloton d'exécution gouvernemental tirait et rechargeait sans cesse." La voix d'Aurélia Petit raconte ce qui s'est passé et que l'on ne peut voir. Elle décrit, sur fond d'images vides et dépeuplées, ce qui ne peut être montré: l'officier des forces versaillaises condamnant des centaines de communards, le drapeau rouge qui, avant, flottait sur la mairie du XIe arrondissement. La voix intervient moins pour suggérer ou évoquer des événements passés que pour affirmer durement que 1 image porte en elle un manque, qu'elle n'épuise jamais la réalité qu'elle est censée représenter. C'est pourquoi l'image, pour compléter et affirmer le sens, devra s'adjoindre la parole proférée et le texte écrit.

Dès lors le récit peut s'engager, et la journaliste de dire : "Nous vous demandons d'imaginer que nous sommes désormais le 17 mars 1871."

L'image, en noir et blanc, est comme les lieux qui l'enferment : sobre et dépouillée. Toutes les scènes ont été filmées en longs plans-séquences. Le cadre est essentiellement occupé par les visages sur lesquels la caméra s'arrête ou bien glisse en travellings latéraux. Les bouches parlent et débattent face à la caméra-oeil de Watkins et aux mains-micros-oreilles des deux journalistes de la Télévision communale. Elles narrent chronologiquement les événements de la Commune, depuis la tentative avortée de l'armée régulière pour récupérer les canons de la garde nationale jusqu'à la "Semaine sanglante" du 21 au 28 mai. Elles disent ce qui, dans les annales du mouvement ouvrier européen, a été un événement majeur, mais qui constitue néanmoins l'une des pages les plus méconnues de l'histoire de France. Peter Watkins, en donnant justement existence à ces voix ordinaires, affirme une fois de plus son combat contre la logique mondialiste du cinéma et de la télévision qui développe une culture faite, dit-il, "de structures narratives simplistes, de violence, de bruit et d'actions incessantes". Malgré les difficultés rencontrées et la quasicensure qui entoure son oeuvre, Watkins dit à nouveau qu'un cinéma de paroles populaires est encore possible.

Dans un texte de 1928, récemment traduit en français, le cinéaste Friedrich Wilhelm Murnau notait: "Je crois que les films de l'avenir montreront des personnes plutôt que des personnalités cinématographiques, l'humanité au lieu de stars de cinéma populaires." Le cinéma de Watkins tient cette promesse-là, soixante et onze ans plus tard.
Christian Milovanoff


Témoignages d'acteurs

Lettre de Maylis Bouffartigue
Mme Théron femme du bijoutier

Cher Peter,

Il est certain, Peter, que votre film, votre projet, fait partie de mon évolution personnelle. Je vis quotidiennement avec lui, avec les questions qu´il soulève, avec les propositions qu´il entraîne. Je suis émue un peu plus à chaque fois que je revois " cette chose " qui est " La Commune Paris 1871 de Peter Watkins. Bien sûr il y a des paroles à l´intérieur de ce film qui me hérissent avec lesquels je ne suis pas en accord, mais ce qui m´importe c´est tout le processus qui entoure ce film, nous sommes devant une autre forme de procéder, une autre forme de créer, face á un événement qui a cette force de créer lui-même des événements. Ce film entraîne, et c´est là un de ces grands impacts, je pense, une réflexion autour d´une nouvelle façon de diffuser un film pour qu´il soit vu le plus possible et le mieux possible. Ce n´est pas un produit de consommation qui peut rentrer dans des grandes surfaces, des magasins, non, c´est une œuvre, un bijou, trop précieux pour être apprécier de ces réseaux fournisseurs de quincailleries clinquantes et fascisantes. De part sa forme et son contenu ce film s´oppose á l´industrie de l´image. Il faut accompagner ce film, le proposer comme un événement ( une à deux journées), préconiser des débats autour des médias, en profiter pour soulever le problème d´ARTE. Le Rebond peut certainement participer activement à la diffusion et l´accompagnement de ce film ainsi, nous pouvons contrecarrer la diffusion classique, ne pas laisser ce film comme produit de consommation inconsommable, et donc mort vivant, juste parce qu´il est hors norme et en dehors d´une manigance " monoforme " et cynique. J´ai l´impression que le fonctionnement de ce film peut se comparer au fonctionnement d´un spectacle vivant. Il peut tourner dans des villages, dans des écoles, des universités, partout. Ceci demande des méthodes, un apprentissage autour d´une nouvelle organisation, car ce que demande la projection de LA COMMUNE fait appel à des bénévoles, des amateurs qui s´engagent parce que ce film et son processus leur semble important et ils ont conscience que s´ils ne bougent pas, ils ne verront pas ce film. Naturellement ce sont ces spectateurs, ce public potentiel qui se font acteurs pour voir ce film et créer des discussions autour, par-là, ils défendent le film même.

A ce propos, j´ai rencontré des gens qui n´avaient jamais vu ce film, ni entendu parler, qui, après une très grosse journée de travail, ont allumé leur télé avant de s´endormir, et, sont tombés par hasard, sur LA COMMUNE ; leur réactions ont toujours été de l´ordre de l´hallucination, ils ont généralement regardé jusqu´á ce que leur fatigue leur permette, c´est-à-dire jamais après quatre heures de pellicule ; Ces derniers ont généralement toujours fait des démarches pour savoir où ils pouvaient regarder ce film dans des meilleures conditions. Ceux qui ont vu le film en entier m´ont tous dit sans exception que dès qu´ils ont éteint leur télé, ils n´avaient envie que d´une chose : parler aux autres, téléphoner, sortir dehors et réveiller les gens ! Ce sont des témoignages assez positifs, je pense. Bien sûr j´ai demandé à ces gens de vous écrire un courrier sur leur impression par rapport à ce film, et je leur ai préconisé d´écrire à ARTE pour poser cette question : pourquoi ce film n´est-il pas passer dans des meilleurs horaires ? L´ont-ils fait ?…

Ces gens étaient tellement enthousiastes à la vue de ce film qu´ils étaient avant tout préoccupés par " cette chose " par ce qu´elle dit, par ce qu´elle dénonce, par ce qu´elle montre que leur première question était par rapport aux acteurs et comment cela c´est passé ? Et maintenant qu´est- ce qui se passe ?

Je pense que nous sommes dans une société experte en matière de lissage de faits notables, elle peut rendre insipide un événement d´immense saveur, elle étouffe les affaires sournoisement. Nous sommes dans l´indifférence cynique et ceci avec l´aide principale et stratégique des médias. On acquisse, voilà l´esprit francais. On dit oui, la colère qui engendre un non constructif n´est plus de mise, on pratique juste une colère alpagueuse, provocatrice, décadente, qui engendre elle, que déculpabilité facile, auto-satisfaction, égocentrisme et au bout du compte, une apathie meurtrière. Aussi le silence autour de la marginalisation de ce film, n´est autre qu´une preuve de la lâcheté scandaleuse des soit-disant intellectuels au beaux discours muets. Parfois j´aurais envie d´envoyer une lettre à ces messieurs les artistes, soit-disant subversif ( mais tout de même surmédiatisés et honorés) et leur demandé ce qu´ils pensent de la situation actuelle, des médias, pourquoi pas de la marginalisation par ARTE de LA COMMUNE, quels sont leurs préoccupations profondes et humanistes, en ont-ils vraiment ? Car vous avez raison, ARTE passe pour une télévision progressive. Mais, je le dis, avec ma petit conscience, ma petite lucidité et ma minuscule culture, ARTE représente l´Europe, une Europe bien ordonnée, bien propre, pleine d espoir, rempli d´artistes extraordinaires qui nous apprennent ce qui est beau, avec un " cachet ", nous sommes devant une école qui nous apprend à bien penser, à être responsable en tant qu´Occidentaux, en tant que Blancs, des pensées des autres. Cette chaîne parle au nom du peuple, rare sont les moments ou le peuple parle dans cette chaîne, de cette chaîne, tout au moins oui, il y a le courrier du spectateur, mais c´est grotesque en s´encanaille avec une vilaine critique de la part du public. Leur documentaire sont propres et plein d´autosatisfaction, politiquement corrects, ça ne déclenche rien, ça endort à coup de petites doses d´informations déjà monoformisées. Je suis lasse de voir une signature esthétisante qui sent parfois une certaine atmosphère aigre, douce, que la France et l´Allemagne ont déjà connu à une certaine époque. Je ne sais pas si ceci peut rentrer dans votre Webpage, mais voici ma réponse à votre lettre.

En ce qui concerne mon travail dans le théâtre, je suis sur un projet de création, en collaboration avec une chorégraphe vidéaste, qui a étudié particulièrement la danse en Allemagne pendant la periode 1930-1945. Nous sommes accueillies dans une résidence qui est une nouvelle structure qui se met en place et qui s´oriente vers les nouvelles technologies - spectacle vivant et pédagogie de l´image (á partir de ces nouveaux outils). Cette structure s´annonce comme étant un nouveau modèle institutionnel, je suis lucide et je vois autour de moi des enjeux politiques (lieu européen), de pouvoir, d´argent. On peut considérer ces nouvelles technologies comme une nouvelle machinerie qui peut déterrer le théâtre pour le réenterrer définitivement ou alors lui donner un souffle. Comme l´apparition de l´électricité fin 19ème, elle a d´abord été utilisée à tort et à travers dans l´esprit de l´époque (qui est très proche de celui des artistes actuels), c´est-á-dire un esprit qui confond l´art avec celui du divertissement, alors ils usent d´effets spéciaux, de nouvelles technologies, de décors incroyables, gros, lourd ; tout est paillette, attrape l´œil, publicité. On étouffe sous ce supermarché consensuel du divertissement. D´autant plus que les produits de ce supermarché sont hypermédiatisés et encensés.

Il s´agirait d´aborder une nouvelle écriture scénique, une nouvelle dramaturgie, en intégrant ces nouveaux éléments ( des écrans, des sons, des décors 3-D etc.) . Il existe des artistes de part le monde qui travaillent à ça et aussi à l´acteur dans ce nouveau contexte, car certains d´entre eux se sont rendu compte avec le temps que tout comme l´on peut poser un acte théâtral, on peut poser un acte virtuel et cela demande un apprentissage qui n´est pas encore vraiment inventé. Il s´agirait de prendre conscience définitivement que l´on sert un contenu, un sens, que la forme est là pour éclairer ces derniers, les peaufiner, les donner à voir, à entendre. Il s´agirait de prendre conscience que l´Europe est fascisante et les artistes se font soldats de cette Europe, ils omettent le sens, ils servent la légèreté, ils esthétisent la misère, ils acceptent de faire de la publicité avec fierté, ils étalent leurs petites affaires privées sans aucune pudeur, j´ai honte, nous sommes dans la pornographie ( mentale physique psychologique).

Certains artistes se sentent responsables, ils sont peu nombreux et dans l´ombre, et donc difficile à rencontrer. Le hasard m´a parachuté dans cet univers, je n´ai pas beaucoup de connaissances, mes bagages étant faits, principalement d´expérience, et d´un travail que je me force de faire autour du discernement. La seule formation de théâtre que j´ai fait a duré quelques mois au sein d´une compagnie que j´ai intégré pendant quatre ans. On peut dire que j´ai eu des enseignants, des guides qui m´ont formés de par leur méthode, de part les expériences concrètes (tournées etc.) que j´ai pu faire avec eux.

Parallèlement j´ai toujours fait mon travail personnel, souvent dans des lieux atypiques (caves, gare, bar de village reculé, petites scènes urbaines. Je n´aime pas les lieux, soit-disant underground, branchés, les Squats. Je cherche autre chose. Les lieux institutionnels ne m´intéressent pas non plus, je les ai fréquentés, j´y ai joué et je m´y ennuie, même si la programmation est de qualité parfois. Ces lieux sont pour moi des lieux marchands et nous sommes, nous public, consommateurs, nous acteurs, amuseurs salariés, serviteurs d´une hiérarchie, et d´une économie totalement injuste. Ce sont des endroits morts qui jouent aux fantômes voleurs et qui pensent représenter les fondements de la vie, la connaissance, ce qui est bon, correct.

Je rêve souvent de faire des attentats dans ces endroits, sortir du public, m´accaparer de la scène avec des amis et faire, enfin, ce que nous avons à dire !

Lettre de Isabelle Crepin
Mme Talbot .

Lorsque Peter WATKINS est venu en Picardie, il cherchait des comédiens amateurs dotés d'un accent picard prononcé, et capables bien sûr de s'investir dans le formidable projet que représentait la Commune.

Je connaissais bien l'histoire de la Commune et j'ai toujours été presque viscéralement de gauche, mais je n'avais ni le profil, ni l'accent requis pour être une communarde plausible.

Peter m'a vue en bourgeoise et sans doute ne s'est-il pas trompé puisque je n'ai eu aucun effort à faire pour me couler dans le personnage de cette femme, de droite par son origine sociale, mais cultivée, courageuse, humaine. La seule chose qui me gênait était qu'elle était catholique bien sûr et qu'elle attachait au sort réservé aux prêtres une importance démesurée à mes yeux.

La scène où elle apprend (par la T.V.) l'exécution de l'archevêque de Paris et où je ne pouvais jouer qu'avec mon visage et mes mains (je suis seule à ce moment là) a sûrement été la plus difficile pour moi.

S'il m'a été si facile d'interpréter Madame TALBOT, c'est que j'avais - grâce à Peter et Marie-Josée - une très solide documentation. Je n'ai pas eu à composer un personnage car Madame TALBOT a réellement existé. De mars à mai 1871 elle écrit presque quotidiennement à sa fille, Madame DELAROCHE - VERNET qui est alors à Versailles avec son mari, Secrétaire d'ambassade. Cette correspondance a été publiée en 1912 chez Plon sous le titre "Une famille pendant la guerre et la Commune". En effet, les premières lettres publiées datent du mois d'août 1870mais Madame TALBOT est alors à Saint-Pair (en Normandie) puis à Angers et ne fera donc pas le récit du siège de Paris. La première lettre de Paris date du 18 mars 1871 où Monsieur et Madame TALBOT ont retrouvé leur appartement dans le 9ème.

Ils y reçoivent Gobineau, fréquentent César FRANCK... C'est la bourgeoisie cultivée. Monsieur TALBOT est professeur de rhétorique

J'ai lu toutes les lettres du volume en question, véritable chronique de la Commune au jour le jour. Peter m'avait donné également une importante documentation sur Paris à cette époque : photocopies de journaux, textes sur la condition ouvrière, sur l'habitat ouvrier. Je suis encore aujourd'hui sidérée de la qualité et de l'abondance de cette documentation. Si Peter vous laisse une grande liberté, au moment du tournage (dialogues spontanés, il ne voulait surtout pas que nous écrivions les dialogues ni même que nous les 'inventions" avant d'être filmés) il fait en amont avec ses comédiens un énorme travail de recherche, de communication. Le tournage a été précédé de plusieurs rencontres de travail avec lui. Il ne laisse rien au hasard. Il y a une scène où les TALBOT reçoivent des amis (scène destinée à montrer (sans démontrer) que les bourgeois continuent à mener une existence confortable. "Tout est cher, bien sûr" dira Madame TALBOT mais on trouve de tout. Pour eux, ce n'est pas un problème. Eh ! bien pour cette scène Peter nous avait fait chercher - imaginer ce qu'était le rang social exact, le métier, la vie quotidienne des invités. Il fallait que les personnages aient une identité réelle (ils n'existaient pas dans la correspondance).

J'ai donc fait vivre Madame TALBOT à partir de ces données. J'ai trois scènes dans le film. La première avec Monsieur TALBOT où nous constatons tous les deux que la presse de la Commune ment effrontément mais où Madame TALBOT rétorque à son mari que vraisemblablement les versaillais en font autant et que la T.V. est à regarder d'un œil critique (je me souviens que Peter a bondi me disant "ça ne va pas, c'est trop tôt pour parler de la T.V.").Moi qui me prenais déjà au sérieux, j'étais désagrégée... On a refait trois prises que j'estimais meilleures et ... je me suis aperçue au Méliés, à la projection du film qu'il avait gardé la première.

La seconde scène réunit Madame TALBOT et Marie, sa bonne. Je crois qu'elle n'était pas initialement prévue et qu'elle a pris corps en grande partie à cause de Carole Ecker qui joue Marie avec une étonnante présence. Marie revient de faire les courses, c'est l'occasion de brosser un rapide tableau du quartier : commerces qui ferment, barricades qui commencent à s'élever, gens qui s'enfuient, détresse des femmes du peuple devant l'augmentation des prix...

Le tableau est rendu plus vivant par un dialogue que par la lecture d'une lettre. L'affolement de Marie contraste avec le calme condescendant de Madame TALBOT. Visiblement elle est à cent lieues de la misère quotidienne du peuple... Mais je tenais aussi à faire ressortir l'espèce de courage tranquille de cette femme qui continue à aller s'asseoir chaque jour aux Tuileries et s'étonne presque de voir les gens s'enfuir parce qu'un obus est tombé trop près. Courage ou certitude que rien ne peut lui arriver ?

Peter nous a laissé une grande liberté pour cette scène (je n'étais pas chargée " d'interpréter " telle ou telle lettre) l'esprit seul de la scène comptait. Nous avons fait cinq prises et je me souviens que chaque fois, Marie (qui menait la scène) l'infléchissait dans un sens ou un autre, insistant tantôt sur la misère, tantôt sur sa crainte des combats de rue... Nous avions envie de tout dire. Je répondais en fonction de ce qu'elle disait. J'avais l'impression que cela venait tout naturellement. Mais là encore je me rends compte que tout était facile parce que nous avions une connaissance très précise de la situation historique.

La troisième scène est le dîner chez les TALBOT. A mon sens elle remplit une double fonction. D'abord, en première lecture montrer que misère ou non, la bourgeoisie n'en continue pas moins à mener une vie mondaine. En toile de fond, il s'agit de brosser le tableau de la situation politique, sociale et militaire à un moment donné, d'une façon plus large que par les lettres de Madame TALBOT, chacun des cinq personnages ayant des préoccupations différentes et apportant des informations différentes.

Là aussi, Peter nous a laissé une liberté totale. Nous avons construit le canevas de la scène (en fonction de faits réels bien sûr) et nous l'avons soumis à Marie-José. A partir de là les dialogues étaient spontanés (les erreurs aussi ! !).

Tout au long du film, Madame TALBOT est filmée à intervalles réguliers. Assise à son bureau elle écrit (vélin gris et plume trempée dans l'encrier) s'arrêtant parfois pour écouter le bruit du canon. Les lettres sont lues en voix off. Elles sont extrêmement importantes parce qu'elles témoignent de l'évolution d'une certaine opinion publique. Madame TALBOT s'y révèle relativement objective, condamnant d'abord sans appel la fuite du gouvernement à Versailles et la tentative ratée de reprise des canons, allant même jusqu'à reconnaître qu'il y a " à la tête de la Commune des hommes convaincus, ardents qui se croient dans leur droit et qui ont une grande influence et un grand entraînement " plaignant les communards qui seront des victimes. Mais peu à peu sa pensée se radicalise. Elle n'a plus qu'une hâte : voir l'armée versaillaise intervenir et que tout rentre dans l'ordre. Il faut noter que pas une seconde elle n'a pensé que la Commune pouvait menacer sérieusement l'ordre établi. Par contre elle écrit à plusieurs reprises qu'elle souhaite voir les communards abandonner les barricades sans combattre car ils seront massacrés. Elle est loin pourtant d'imaginer l'horreur qui se prépare. Dans sa lettre du 22 mai (la dernière citée dans le film) elle exprime " son désespoir, son horreur (ce sont les mots qu'elle emploie) devant l'exécution sommaire d'un jeune officier de la Garde Nationale.

Ces lettres n'ont pas été choisie au hasard. Ce n'est qu'en rédigeant ces notes que je commence à comprendre la démarche de Peter qui par des voies convergentes réussit à créer son film, à en faire une œuvre cohérente, logique un peu comme on assemble les pièces d'un puzzle. C'est du moins ce que je ressens.

Plus tard, Peter filmera une dernière fois le salon des TALBOT - vide - (durant les combats ils ont quitté le quartier). Tout est en ordre, les meubles élégants, le plateau à liqueurs. Oui tout est en ordre mais au dehors le massacre est en cours.

Ces images en disent plus long que bien des mots. Elles sont presque un symbole. La bourgeoisie sera à peine égratignée par la tuerie qui va décimer le peuple de Paris. Il y a plus grave - rien dans le mode de vie de cette classe bourgeoise n'en sera affecté.

C'était - comme pour beaucoup d'entre nous j'imagine - mon premier contact avec la caméra. Au delà de l'aspect aventure cinématographique je n'arrive pas encore à réaliser vraiment que j'ai participé à une œuvre majeure. Je m'en sens à la fois fière et indigne.

Ceci posé, il faut que j'avoue qu'en interprétant Madame TALBOT je me suis sentie exclue de l'aventure révolutionnaire.

C'est très paradoxal, il m'a été plus facile d'être Madame TALBOT que d'être une femme du peuple. Mais jouer une communarde en tournant selon la chronologie des faits comme l'a fait Peter, c'était je crois revivre un peu ces deux mois de révolution. (Et qui n'a pas rêvé de faire un jour la Révolution ?). Je m'en sens encore frustrée.

Avec le recul je pense que c'est mieux ainsi. Je me serais sentie en désaccord avec les revendications trop véhémentes des femmes. Trop féministes pour rester féminines. Je n'ai aucune envie d'être le clone d'un homme. (Et ce n'est pas Madame TALBOT qui parle). Je l'ai dit déjà et je l'ai même écrit à Peter, je n'arrive pas à adhérer à cette partie du film. (Je réalise en écrivant que je m'identifie rarement aux personnages féminins dans un film. Ils sont presque toujours exaspérants - à mes yeux).

Enfin le grand reproche que je fais à ces trop longues séquences c'est de casser le rythme du film. Il est plus difficile ensuite de reprendre le fil de l'histoire de la Commune. Alors que toute la fin du film est si belle ! La fin est selon moi l'un des très, très grands moments du cinéma.

J'aurais voulu sentir vivre le film en le tournant - voilà !, sentir le souffle de la révolution. Et ce n'est pas le rôle trop raisonnable de Madame TALBOT qui le permettait. Le film, je l'ai senti vivre le dimanche où nous étions tous réunis et costumés. Jamais plus je n'entendrais chanter la Marseillaise comme ce jour-là. Il y avait un souffle... quelque chose d'intraduisible. (Et si je n'ai pourtant pas la fibre patriotique très développée).

Plus tard, en fin de journée, pour des essais de son je crois, Peter faisait jouer la scène où Cluseret comparaît devant le tribunal de la Commune. Il n'était pas directif mais littéralement il insufflait aux comédiens sa propre énergie, avec une force incroyable. C'était fascinant.

Si j'avais eu à faire le making off du film, voilà ce que j'y aurais mis en priorité.

Et puis le soir, costumes enlevés, ce sentiment d'appartenir à un même groupe, presque un sentiment de fraternité, en partageant quoi ? du Beaujolais je crois... Qu'importe, jamais vin ne m'a paru si bon (Et ça - c'est pas du tout Madame TALBOT !)


Lettres de spectateurs

Lettre n°1

Marseille 2000

Je trouve génial l´idée de transposition du media TV - moyen technique dans le temps, et ce, de surcroît à l´occasion d´un événement historique exceptionnel. Cette approche directe et très critique permet de se forger une vision analytique de la période et de l´événement qui s´y déroule.

Cela redonne au média une noblesse que la classe ennemie de " La Commune ", en l´occurrence a toujours voulu tenir en instrumentalisant le média TV comme vecteur coercitif de son pouvoir de classe dans la société au même titre que l´Armée, la Police et tout le reste de l´Appareil d´Etat bourgeois. Donc, en conclusion, bravo à Watkins pour cette démarche techno-médiatique que Marx et Engels eussent sûrement approuvés.

Amar Huc

Lettre n°2

Trop long! Trop de blabla inutile...
Qui aura le courage d ´aller voir un film de cette longueur, à part des personnes concernés sentimentalement ?
Ce parti pris de tournage, en vase clos dans un hangar, est aussi négatif…
Ce film a le mérite cependant d´exister !

Un arrière petit fils de communard fusillé le matin du 28 mai1871 après une nuit de combat à la baionnette au Père Lachaise.
Yvon Daniel

Lettre n°3

J´ai vu le film "La Commune" au festival "Résistances " de Tarascon sur Anège le mardi 4 juillet à 14H ;

Je l´ai trouvé magnifique pour 4 raisons :

1) les principes de tournage : noir et blanc, petit budget (j´imagine que ce n´est pas forcément complètement volontaire !) et dans un périmètre limité qui évite le côté " paysages de Paris ", esthétisant et gros decors etc…

2)les personnages - les gens - exacts - d´humanité, avec leurs contradictions, leur fougue, leurs haines, leur misère ou leur richesse materielle et donc, montrés réellement sans manicheisme mais clairement : de manière vivante : la " lutte des classes " de l´époque ;

3)le pari insensé et loufoque et anachronique d´ajouter la télé comme média d´information sur le terrain : alors là, je ne peux m´empêcher de vous dire que l´impact EST ENORME, et, pour moi (chacun son idée, et pour vous : vos objectifs et choix de départ) : réussi à 100% en tant que " récepteur " : je suis en état de révolte permanente face à la télé d´aujourd´hui, qui est un des vecteurs puissants de normalisation politique et culturelle, dans le sens d´un abétissement et d´un conditionnement à la vulgarité généralisé, et cette idée (la " tronche " de Chien sur les écrans, les journaleux posant leurs questions à la con etc..) produit tout simplement un effet jubilatoire. Comme aujourd´hui devant la boîte à images :

4) dans le même sens, du mêlange documentaire/fiction/œuvre militante, les " décrochages " surprises amenant les débats sur des sujets d´actualité politique d´aujourd´hui, (" sans-papiers ", démocratie,…violence légale ou illégale…) sont magnifiques, et montrent encore une fois la réuissite d´un équilibre entre volonté de présenter les choses comme elles sont du se passer en 1871, et l´objectif de vivifier la réflexion sur la société d´aujourd´hui à travers son histoire, son passé et l´évolution des idées politiques, pas de moyens originaux, non conventionnels : ce n´est pas un film historique grand spectacle costumes et grands sentiments, ou un documentaire " objectif " (quelle rigolade, ce mot : c´est comme " neutre ", au dire que " l´économie ne se mele pas de politique " !)

Christophe Rastoll

Lettre n°4

le 20 Juillet 2000

Lettre tardive au sujet du film sur la Commune, vu en Juin.
Pour vous remercier de ce film qui m´a profondément touchée, j´ai aimé la passion du spectacle, ce que les acteurs avaient à dire, le fait que nous sommes entrés dans le quotidien de la Commune, sans fioritures ni romantisme. (auquel je m´ attendais, que je souhaitais en fait).

Mes idées vagues sur la Commune sont maintenant plus précises (la grandeur et les petitesses). J´ai aimé le fait que chacun avait la parole et que donc tous les aspects de la Commune vivent, s´expriment. J´ai trouvé que le parallèle entre aujourd´hui et alors était trop souligné dans la mesure où j´ai senti par moments qu´on m´assénait certaines idées, ´or´ je suis venue voir ce film pour réfléchir par moi même sur cet événement et ce qu´il implique pour moi.

J´ai relié ce film à un ouvrage qui m´a beaucoup influencée " Pour ton propre bien, ou les racines de la violence` d´Alice Miller. Elle a étudié (entre autres) le nazisme et comment l´éducation traditionnelle nous fait sacrifier vitalité et autonomie pour obéir à un ordre social pré-existant - les communards avaient osé braver cet ordre - Bravo pour eux !

Salutations sincères
Claude Gall

Lettre n°5

Ce film (la Commune Paris 1871) est un mouvement à visiter et à revisiter tant les paroles et les textes sont d´une honneteté, d´une puissance et d´un intérêt éblouissants. Comment se peut-il qu´une telle œuvre se heurte au mur de silence (et de pingrerie) de l´Education Nationale qui se refuse à toute vulgarisation de cette page historique dans ses établissements primaires et secondaires ?…Quelle classe que de pouvoir ainsi marier deux périodes (1870 et notre époque) l´une à l´avant-garde de la Libération Humaine, l´autre en manque d´imagination dans un moment de déliquescence et d´incertitude. Un grand moment d´émotion et de jouissance pour une période scandaleuse.

Daniel Firmin

Lettre n°6

J´ai été bouleversée par le film de Peter Watkins. Avec quelle simplicité, il montre cette humanité souffrante : des visages, des paroles, des cartons qui apportent le complément d´informations qu´il faut ! Quelle chape de plomb sur ces événements pendant tant d´années ! C´est un honneur pour tous ceux qui ont initié ce projet d´avoir fait parler la vérité.
Merci.
Ah ! si les méprisés, les rejetés d´aujourd´hui avaient, eux aussi, l´idée de … mais on saura bien empêcher qu´ils voient un tel film qui pourrait…
(Vont-ils d´ailleurs au Musée d´Orsay ? Regardent-ils Arte de 23h à 4h du matin ?)

Francoise Guérin

Lettre n°7

Marseille, 29.06.2000

Un film de cinq heures! Je suis entré dans la salle, le soir, après une journée fatigante, et je m´étais promis de rester une heure pour voir ce que c´était…je suis sorti à 2H40 du matin, étonné d´en avoir tant appris sur cette période oubliée de mon histoire de francais.

C´est vrai que le parti pris du film ressemble à une " astuce pédagogique " : cette invraisemblable télé chez les poulbots, cela marche en fin de compte. Vous aviez raison. Raison aussi de nous brosser le paysage de cette France bourgeoise avec tous les côtés détestables de ces esprits étroits, xénophobes, mesquins. Un peu manichéen tout de même, ce point de vue d´un peuple tout bon, tout généreux, tout enthousiaste…non ?

BRAVO
R. Plaute

Lettre n°8

Le lendemain (couchée à 3h du matin....).
J´ai aimé le parti-pris de faire intervenir les journalistes, télé, presse écrite.
C´était bien d´avoir de quoi rire en voyant la télé officielle - Laurent Roth (jouait-il un rôle ?) - François Foucart lui, n´avait pas à se forcer !
Cela m´épate de voir qu´il a accepté ce rôle. Dans les bourgeois, bourgeoises, soldats versaillais, y en-a-t-il :
- qui ne se sont pas forcés (l´allemande ?)
- qui se sont forcés ?

Le casting m´a paru dans l´ensemble très bon. Je ne me croyais pas capable au départ de " tenir " 5h45. Eh bien si, je suis restée ! et avec plaisir ! Il faut dire que la journée au cours de laquelle j´avais pu voir 4 autres films de P. Watkins m´a beaucoup incitée à rester pour " La Commune ". Beaucoup d´images se bousculent dans ma tête. Je ne voudrais pas oublier les références aux " clubs ", à l´UDF, au rôle des spahis, des polonais.

Autre aspect bien mis en relief avec nuances , ce qui est remarquable: rôle des bonnes sœurs, des curés, de l´enseignement religieux etc.
Dans l´armée aussi on n´a pas oublié les quelques cœurs sensibles. - Bien sûr, la durée permet toutes ces finesses qui ne pourraient être rendues sur une durée plus courte.
Les femmes, pas toutes sympas hélas ! Que de hurlements ! Certaines ouvrières franchement antipathiques….Mais enfin il est vrai qu´on ne les a guère entendues, et plus de 100 ans après il reste encore tout à faire ! et le droit de vote + 70 ans aprÈs !
Et comme presse ! bravo la presse féminine de l´an 2000 !
Quant aux médias, il me semble bien bon que maintenant des journalistes puissent partout (ou presque) donner la parole aux acteurs des événements. Mais que de dérives possibles hélàs !

M-R Plante

 
 
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